La poésie, pour quoi faire ?

La poésie est l’œuvre en couleurs et en sons qu’est la vie.
La source du poème est identique à la source du vivant.
Le poème interprète la vie, comme un musicien interprète une partition ou comme on interprète un rêve. Cette interprétation est une création de sens, sur laquelle s'appuie le désir de vivre de l'humanité.
L’état de l’esprit poétique est une initiatique et le poète vit toujours à Éleusis.


Une situation s’impose à nous : le Simulacre prétend étendre son ombre sur nos âmes, et faire de nos vies des âmes mortes.
C’est d’une tentative d’arraisonnement sans précédent dont nous voulons parler. Et cette tentative, nous sommes forcés de lui donner un nom : l’antipoésie. Nous ne nommons pas ici la « modernité » car nous ne serons ni anti/ ni post/ni contre modernes. Un « état d’esprit » ne nous intéresse pas : la poésie est par nature alter moderniste.


Le Poème est attaqué par l'antipoésie. L’antipoésie en actes vise à détruire ce réel même qu’est la poésie, lien sacré reliant nos âmes au Poème.
La profondeur du Poème répond au Simulacre et à la Superficialité. La profondeur, qui est la complexion du Poème, est une volonté physiologique à la recherche de sa forme.
Le Poème, ce point suprême encore et toujours à atteindre si nous voulons demeurer des vivants.
Nous n’accepterons jamais les manœuvres de l’antipoésie. Car nous connaissons cette architecture merveilleuse et poétique qui fait de la vie et de nos âmes une seule chose, séparées – en apparence seulement – dans et par le Simulacre. « Séparées », et cependant une seule chose, en bas comme en haut.
Une seule chose et un seul réel : le Poème.
La poésie est opérative.
Tout le reste n’est que Simulacre. Et le masque du Simulacre déjà grimace. Qu’il soit dénoncé, et déjà son ombre tend à s’estomper dans le désert insignifiant de sa pauvre « réalité ».
Nous refusons intégralement et immédiatement toute forme de « réalité » qui bâtirait ses murs de papier au nom de l’antipoésie en actes. Nous rejetons le « chemin » imposé par l’antipoésie contre ce réel intégral et immédiat qu’est le sens. Le chemin, le seul véritable et authentique chemin est celui qui serpente en spirale étoilée sous le couvert du Poème.


La poésie est un non conformisme absolu.
C’est au creux de ce précipice que nous vivons.
La vie est une résistance, une résistance à cette apparence de « réel ». Le monde a besoin de poètes et de voyants, pas d’hommes/machines. Nous avons rencontré le Poème, et nous y avons cru.
Nous savons que tout le réel est dans l’invisible.
L’heure est à la poésie. Contre les robots. Dans le cœur même de la machine superficielle.
L’heure est venue d’une extension du domaine de la poésie.
Recours au Poème, immédiatement.

Matthieu Baumier et Gwen Garnier-Duguy